Voilà l'article du retour, écrit en France, à Redon là où y a dix filles dans le bourg qui tapent du pied quand l'amour les prend et puis ensuite neuf et puis huit... ect.
Voilà donc quelques impressions de retour.
Au guichet de la Poste, je suis tombée sur la nana qui tire tout le temps la gueule et qui te fait remplir tous les formulaires toi-même, même que tu fait plein de ratures parce que évidement c'est pas ton boulot de le faire et que donc tu sais pas écrire correctement tes numéros de comptes, mais quelle mal baisée celle-là alors, comme dirais ma grand-mère.
Je redécouvre la ville européenne, je m'extasie devant le tordu et le pas droit, le étroit et le vieux, les pavés qui font mal aux chevilles et les colombages qui font des pieds de nez à la gravité. Les rues piétonnes se tordent sous les chatouillis des piétons mais n'échangeraient pour rien au monde leur place avec les grands boulevards suffocants de gaz d'échappement. Les vieilles rues ne sont pas faites pour les voitures, elles sont faites pour les piétons qui prennent le temps de les connaître et de leur dire que malgré leur vieillesse, elles n'ont jamais été aussi belles et qu'on ne fera pas l'affront de les souiller de bitume contrairement à leurs benjamines. Les vieilles rues sont tours à tours ivres et pleines de rumeurs ou bien secrètes et sombres. Elles sentent parfois la pisse de chien, la gerbe des fins de soirées et les poubelles. Mais elles savent attirer les artistes de rues et accrocher les passants. Les gens n'y passent pas, ils s'y promènent. Il n'y a pas de feux pour donner des ordres, les terrasses des cafés s'étalent sur les pavés et le bruit des conversations fait oublier celui de la circulation quelques pâtés de maisons plus loin. La ville est belle quand elle est débarrassée des voitures, elle est belle quand les gens n'ont pas à regarder à droite ou à gauche, elle est belle quand on entend le bruit des sonnettes de bicyclettes. Elle est belle quand elle est pas droite.
Ici la crise s'est installée alors que les entreprises du CAC40 affichent des bénéfices records, normal que les français aient encore "le moral dans les chaussettes". L'essence vaut de l'or mais le billet de train reste de diamant, heureusement que les français aiment encore les auto-stoppeurs!La chambre de ma fenêtre s'ouvre en grand et est équipée de double-vitrage. L'un comme l'autre son aussi rare outre équateur que les kangourous en France. Je mange du pâté de campagne comme si j'en avais pas mangé depuis un an et je regarde Grey's Anatomy en VO et sans les sous-titres. Les Guignols de l'info me font toujours marrer alors que je devrais pleurer à les entendre, Nicolas Sarkozy est toujours vivant et toujours président et Jean-Marie s'est fait faire une perruque blonde et porte des jupes. Christchurch a beaucoup perdu et le Japon aussi. Le pain est délicieux et recouvert d'une merveilleuse chose appelée croûte et les gens ne parlent pas anglais.
Le train qui passe fait toujours sauter les chaînes depuis la TNT, tout comme les tondeuses à gazon et les scooters, vive le progrès! D'ailleurs Paris vient d'y passer à la TNT et même qu'ils ont eu le droit à toute une cérémonie eux, au cours de laquelle on nous a fait croire qu'il suffisait d'appuyer sur un gros bouton rouge genre "le bouton qu'il ne faut jamais toucher dans les films" pour que la télé hertzienne passe en numérique!
Certaines choses changent, d'autres pas.
